Il y a une période de ma vie où j’ai vraiment cru que « gentil » était tout ce que j’étais. Comme si ce mot me collait à la peau, incapable de me lâcher.

Soyons francs : ce n’est pas la qualité la plus séduisante du monde. C’est même presque un défaut.

« Il est gentil. »

On connaît tous cette phrase. Celle qu’on utilise pour décrire quelqu’un de pas très passionnant, pas très attirant, pas vraiment brillant non plus. Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas toujours un compliment.

La roue tourne (enfin)

Pendant l’adolescence, cette « qualité » ne vaut pas grand-chose. Si tu fais partie de la team des garçons gentils, tu te souviens sûrement de la Friendzone. Les filles de l’époque ne cherchaient pas la douceur. Elles voulaient de l’assurance, un peu de muscle, beaucoup d’ego. Rien qui ne me décrivait, soyons honnêtes.

Mais le temps passe, et la roue finit par tourner. Lentement, mais sûrement.

Parce qu’un homme gentil, vers la quarantaine, devient soudainement une perle rare. Les femmes qui en ont marre de gérer seules la charge mentale, des égos fragiles ou des instables chroniques, cherchent autre chose :

  • De la stabilité.
  • De la douceur.
  • Un peu de paix.

C’est là que le « gentil » qu’on ignorait à vingt ans devient la valeur refuge qu’on regarde enfin différemment.

Gentillesse ou simple lâcheté ?

Sauf que tout ça cache une histoire un peu moins glorieuse. J’ai toujours détesté les conflits. Déjà ado, j’étais celui qui fixait ses chaussures pour éviter un regard de travers. Un jour, ma mère m’a demandé : « Pourquoi tu ne te défends pas ? »

J’ai sorti la réponse du gentil parfait : « Parce que je ne veux pas faire mal aux gens. » Elle m’a regardé avec ce doute maternel qui transperce : 

« Tu ne veux pas faire mal, ou tu as peur d’avoir mal ? Tu ne t’inventerais pas une excuse pour te protéger ? »

Le déclic est venu plus tard. Un jour, le petit frère d’une amie lâche la phrase de trop. Sans réfléchir, je le plaque contre un mur. Sa tête tape la pierre. Je vois la douleur dans ses yeux et je m’effondre intérieurement. Je le lâche, je m’excuse, je pars en courant, les larmes aux yeux.

Ce jour-là, j’ai compris que blesser l’autre me faisait mal à moi. Mais j’ai aussi compris que ma mère avait raison : ma gentillesse était souvent une fuite.

Quand la gentillesse n’est qu’un masque

Et si ce n’était pas de la bonté, mais juste une manière stylée d’appeler ma peur ?

  • Nietzsche l’expliquait à sa façon : beaucoup de « gentils » sont juste désarmés. Trop effrayés pour se défendre, ils transforment leur incapacité en vertu.
  • Kierkegaard y voyait une stratégie d’évitement face à une angoisse plus profonde.
  • Les Stoïciens, eux, distinguaient la vraie bonté — celle qui demande du courage — de la simple docilité.

La docilité, c’est subir. La psychologie moderne enfonce le clou : être « trop gentil » est souvent une stratégie de protection, pas une qualité. Alors la question pique : combien de fois ai-je été gentil… juste par peur ?

Le courage est silencieux

On nous vend le courage comme un truc bruyant : la violence, le poing qui tape, la voix qui tonne. Forcément, je ne cochais aucune case. Mais j’ai fini par comprendre que le courage n’a rien à voir avec ça.

Le courage peut être silencieux. Presque timide. C’est le courage de rester sensible dans un monde cynique. Le courage de ne pas devenir ce qu’on déteste. Le courage d’affronter ses propres mensonges. Et surtout, ce courage ultime : celui de dire non.

  • Non aux attentes des autres.
  • Non aux rôles dans lesquels on nous enferme.
  • Non à la version de nous-mêmes qu’on supporte par simple habitude.

Faire de la gentillesse un choix

C’est là que tout change. Quand tu arrêtes d’être gentil pour éviter les vagues ou pour être aimé, tu commences à l’être parce que tu l’as décidé.

Tu dis non quand il le faut. Tu poses des limites sans t’excuser quinze fois. Tu t’autorises à déplaire, à déranger, à exister. La gentillesse retrouve alors sa vraie valeur : elle devient un choix de liberté.

Je pourrais répondre avec dureté. Je pourrais m’imposer. Je pourrais blesser. Mais je choisis autre chose.

Je choisis la douceur, parce qu’elle est honnête. Désormais, la gentillesse ne me définit plus. C’est moi qui la définis.

By djekill

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