Histoire personnelle

Les monstres

Mes enfants,

Je vous ai sans cesse répété que les monstres n’existent pas — mais ce n’est pas tout à fait vrai.

Le monstre n’est pas celui que montrent les livres ou les films.

Il n’a pas une apparence qu’on peut reconnaître, il ne la porte pas sur lui.

Il y a, bien sûr, les pervers et les pédophiles, parfois même parmi les gens proches de toi :

des personnes à qui tu remettrais ta confiance sans hésiter,

et qui cachent en eux le pire.

On peut toujours essayer de vous préserver, de vous prévenir — le risque reste présent.

Et parfois on ne sait plus où commence la protection et où finit la paranoïa :

quand, pour vous protéger, on en fait trop et on vous empêche d’exister.

Surtout, il existe un monstre encore plus présent, sournois et patient.

Un monstre qui peut rendre ta vie infernale,

que tu ne pourras pas combattre comme repley dans alien.

Ce monstre, il est en toi.

C’est lui qui te prive de la vie que tu mérites.

Il te fera croire que tu n’es pas capable, que tu ne mérites pas d’être heureux ;

il réveillera tes peurs et tes douleurs pour faire de toi sa marionnette.

Ton esprit est une machine incroyable, capable du meilleur comme du pire.

Parfois, pour te “protéger”, il empire tout.

Tu finis par entendre des voix qui ne sont pas les tiennes.

Parfois tu seras en colère, parfois envieux, parfois triste ;

parfois des pulsions que tu n’assumes pas monteront, et tu voudras les faire taire.

Mais comme tous les monstres, il ne peut t’atteindre que si tu l’ignores ou si tu l’enterres.

Ce monstre n’effraie que parce que tu ne l’écoutes pas, parce que tu n’essaies pas de comprendre pourquoi il est là.

Peut-être que la solution pour le faire disparaître est de l’accepter comme une part de toi,

de comprendre pourquoi tu l’as créé,

pour finalement le dissoudre — ou au moins le fondre dans le reste de ta personnalité.

Alors il ne te fera plus souffrir, parce que, cette fois, ce ne sera plus un monstre,

mais une partie de toi.

Et le jour où tu l’embrasseras, il cessera de te dévorer.

signé, PAPA

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